Traverser la Chartreuse en une journée, c’était l’un de ces défis qui me trottaient dans la tête depuis un moment. Une aventure intense de 68 km avec 4100 m de dénivelé positif, entre sentiers escarpés et panoramas à couper le souffle. J’ai choisi de m’y lancer en août, une période idéale pour éviter les dernières neiges du printemps et profiter des sources encore présentes sur le parcours. Mon itinéraire m’a mené de Chambéry à Grenoble, en passant par les crêtes emblématiques du massif. Voici le récit de cette journée mémorable et toutes les informations utiles pour vous aider à relever le défi.
Quand faire la traversée de la Chartreuse
Le choix de la période est essentiel pour réussir cette traversée. La Chartreuse est un massif où l’eau se fait rare en altitude, car le sous-sol calcaire absorbe rapidement les précipitations. En août, certaines sources commençaient déjà à tarir, mais en planifiant bien mes ravitaillements, j’ai pu éviter les mauvaises surprises.
Les orages sont un autre facteur à prendre en compte. L’été en montagne peut être traître, avec des cumulus qui se forment rapidement et des éclairs qui déchirent le ciel en fin d’après-midi. J’ai donc scruté la météo dans les jours précédant mon départ et privilégié un jour avec une stabilité atmosphérique.
Enfin, la neige n’est plus un problème à cette période, ce qui permet de parcourir les crêtes sans encombre. Pour ceux qui veulent tenter l’aventure plus tôt dans la saison, mai et juin sont de bonnes options, mais il faudra alors composer avec des températures plus fraîches et quelques névés persistants.
Organisation de la traversée de la Chartreuse
Sans voiture d’assistance, l’organisation peut sembler compliquée, mais plusieurs options s’offrent à vous. J’ai opté pour un départ en train de Grenoble vers Chambéry, une solution pratique et économique. Pour ceux qui préfèrent un peu plus de flexibilité, le covoiturage est aussi une alternative intéressante.
Autre option : venir avec deux voitures et en laisser une à l’arrivée, mais cela implique un aller-retour avant même d’avoir commencé la traversée. Personnellement, je préfère éviter ce genre de logistique chronophage.
Matériel indispensable
Un bon équipement est la clé d’une traversée réussie. J’ai privilégié un sac de trail léger de 5 litres, suffisant pour emporter l’essentiel sans m’alourdir. Côté hydratation, trois flasques de 500 ml m’ont permis de tenir entre les points d’eau.
Niveau alimentation, j’ai misé sur deux sandwiches et quelques barres énergétiques, histoire d’avoir un bon mix entre glucides rapides et énergie durable. Sans oublier une crème anti-frottements pour éviter les désagréments liés aux longues heures d’effort.
Enfin, des bâtons de trail, une veste imperméable et une casquette se sont révélés indispensables pour affronter les variations météorologiques du massif.
Le parcours de la traversée de la Chartreuse
De Chambéry aux premières hauteurs

Le départ depuis Chambéry s’est fait au lever du soleil, avec une longue montée progressive sur des pistes larges. Ce n’est pas la section la plus palpitante, mais elle permet de s’échauffer en douceur. Petit à petit, les points de vue s’ouvrent et la ville laisse place aux premiers reliefs de la Chartreuse.
Un moment marquant de cette montée a été la rencontre avec un vieux berger, qui descendait avec son chien après une nuit passée sous les étoiles. Il m’a raconté qu’il venait ici depuis des décennies, chaque été, et qu’il ne se lassait jamais de la vue. Une belle leçon sur l’attachement aux montagnes.
En atteignant les premières crêtes, je me suis rendu compte que les sources indiquées sur la carte étaient encore actives. J’en ai profité pour faire le plein, sachant que l’eau allait se faire rare plus haut.
Vers le col de l’Alpette et le plateau

Après le village de la Plagne, les choses sérieuses commencent. Une montée raide jusqu’au col de l’Alpette donne le ton : la Chartreuse ne se laisse pas apprivoiser facilement. Une fois en haut, le spectacle est grandiose. Un immense plateau s’ouvre devant moi, avec des sentiers serpentant entre les roches et les prairies alpines.
Le terrain devient plus technique, avec de nombreuses pierres rendant la progression moins fluide. C’est ici que j’ai eu un petit coup de chaud en réalisant que l’eau que j’avais prévue au prochain point était déjà épuisée. Heureusement, un bac à vaches à moitié rempli m’a sauvé la mise. Ce n’est pas l’idéal, mais avec un filtre portable, c’est tout à fait potable.
Après quelques kilomètres sur ce plateau, le paysage change de nouveau en arrivant au col de Bellefont. Devant moi, la silhouette imposante de la Dent de Crolles se dessine, marquant le début d’un segment exigeant et spectaculaire.
De la Dent de Crolles aux crêtes aériennes
La montée vers la Dent de Crolles est l’une des plus marquantes du parcours. Le sentier devient plus technique, avec des sections où il faut poser les mains pour franchir des blocs rocheux. Le paysage est époustouflant : à gauche, les falaises plongent dans le vide, tandis qu’à droite, le panorama s’ouvre sur toute la Chartreuse.
En arrivant au sommet, je profite d’un moment de calme pour admirer la vue. Une légère brise souffle, rafraîchissant l’air chargé de l’effort de la montée. C’est ici que je croise un groupe de randonneurs qui bivouaquaient à proximité. L’un d’eux me raconte qu’ils ont eu la visite d’un renard dans la nuit, venu chaparder quelques provisions. Un instant de complicité entre amoureux de la montagne.
La descente de la Dent de Crolles est tout aussi technique que la montée. Le sentier, étroit et escarpé, oblige à la prudence. Je prends mon temps pour ne pas glisser sur les roches calcaires polies par les passages répétés. Après cette portion délicate, je retrouve un sentier plus roulant qui mène en direction des crêtes.
Sur les crêtes, entre vertige et contemplation
Cette portion du parcours est à la fois magnifique et exigeante. Les crêtes sont aériennes, avec des passages exposés où la vigilance est de mise. Mais quel spectacle ! À chaque pas, le regard embrasse les sommets alentours et, par temps clair, on peut apercevoir le Mont Blanc à l’horizon.
À ce moment-là, je ressens pleinement l’essence de cette traversée : un mélange de solitude, d’effort et d’émerveillement. Le sol accidenté ralentit la progression, mais chaque foulée est un plaisir. Je croise quelques bouquetins qui, imperturbables, observent mon passage avant de s’éclipser derrière un éperon rocheux.
Après plusieurs kilomètres sur ces crêtes, les premiers signes de fatigue se font sentir. Les descentes techniques sollicitent les quadriceps, et les montées abruptes testent mon endurance. Mais l’adrénaline et la beauté du paysage me poussent à continuer.
Descente vers le Fort Saint-Eynard

En approchant du Fort Saint-Eynard, la fin de la traversée commence à se dessiner. Cette portion est plus roulante, permettant de retrouver un rythme plus fluide après les sections plus techniques des crêtes. Je profite des derniers panoramas avant d’amorcer la longue descente vers Grenoble.
Le Fort Saint-Eynard marque une transition : l’ambiance alpine laisse place à un terrain plus forestier. Les sentiers deviennent plus doux, même si la pente reste raide. La végétation change, avec de grands hêtres offrant une ombre bienvenue après des heures passées sous le soleil.
Un dernier regard en arrière me permet de mesurer le chemin parcouru. Depuis Chambéry, chaque étape a été une découverte, une lutte contre la fatigue et une communion avec la montagne. La dernière descente approche, et avec elle, l’arrivée tant attendue à Grenoble.
Dernière descente vers Grenoble : les cuisses en feu
La dernière descente vers Grenoble est longue et éprouvante. Après une journée à avaler du dénivelé, chaque pas se fait sentir dans les cuisses. Le sentier serpente à travers la forêt, alternant entre portions roulantes et passages plus raides où il faut contrôler chaque appui pour ne pas finir en roulé-boulé.
À mesure que je perds de l’altitude, la chaleur monte. L’ombre des arbres devient une bénédiction, contrastant avec l’exposition des crêtes que j’ai quittées quelques heures plus tôt. Je croise quelques promeneurs qui montent vers le fort, étonnés de voir quelqu’un descendre avec un sac aussi léger et un air visiblement marqué par l’effort.
Une pause rapide à une fontaine me permet de refaire le plein d’eau avant les derniers kilomètres. À ce moment-là, je ne pense plus qu’à l’arrivée. Mon estomac commence à crier famine et l’idée d’une énorme assiette bien garnie devient une motivation supplémentaire pour ne pas traîner en route.
Arrivée à Grenoble : le soulagement et la récompense
En atteignant les premières rues de Grenoble, une étrange sensation m’envahit. Après une journée en pleine nature, le bruit de la ville semble presque irréel. Le contraste est saisissant : quelques heures plus tôt, je marchais sur des crêtes désertes, et me voilà entouré de voitures, de passants et d’odeurs de boulangerie qui réveillent une faim de loup.
Je termine ma traversée en arrivant à la Basilique du Sacré-Cœur. Cette dernière portion d’escaliers est une formalité, mais mes jambes protestent après les 68 km parcourus. Une fois en bas, la mission est accomplie. Une traversée intense, parfois rude, mais tellement gratifiante.
Direction le premier bar du coin pour une bière bien méritée. Le serveur me regarde avec un sourire amusé en voyant mon état. « Grosse rando ? » me lance-t-il. Je rigole et hoche la tête avant de porter mon verre à mes lèvres. À ce moment précis, la Chartreuse est déjà en train de devenir un souvenir inoubliable.
Bilan de cette traversée de la Chartreuse
Ce défi, je l’ai adoré. La Chartreuse offre un terrain de jeu exceptionnel pour les amoureux de montagne et de défis physiques. Entre les crêtes aériennes, les panoramas époustouflants et les sentiers tantôt roulants, tantôt techniques, il y a tout ce qu’il faut pour une aventure mémorable.
Si je devais donner un conseil à ceux qui veulent tenter l’expérience, ce serait de bien gérer l’eau. C’est le point clé de cette traversée. En août, certaines sources étaient déjà taries, et sans un bon plan de ravitaillement, ça peut vite devenir compliqué.
En tout cas, une chose est sûre : cette traversée m’a donné envie de revenir en Chartreuse. Peut-être en bivouac la prochaine fois, pour prendre encore plus le temps de savourer ces paysages incroyables.

