Traverser le GR20 en 3 jours, c’est un sacré défi. Un peu fou, certes, mais l’idée de se mesurer à l’un des sentiers les plus exigeants d’Europe en mode ultra-léger, ça me trottait dans la tête depuis un moment. Après plusieurs trails et randonnées longues distances, c’était le moment de passer à l’action. Ce guide partage mon expérience et donne les clés pour ceux qui voudraient tenter l’aventure.
Quand faire le GR20 en 3 jours
La meilleure période pour s’attaquer au GR20 en mode rapide s’étend de mi-juin à mi-septembre. J’ai choisi de partir début août, un choix stratégique pour éviter la neige sur les hauteurs et maximiser les chances d’avoir une météo clémente. Bien sûr, la montagne reste imprévisible et un orage surprise peut toujours venir pimenter le parcours.
Comment aller en Corse et rejoindre le départ
Le trajet jusqu’en Corse
La manière la plus rapide reste l’avion. Un vol direct Marseille-Bastia me dépose en une heure. Pour ceux qui voyagent en voiture, le ferry est une bonne option. Depuis Nice ou Toulon, plusieurs compagnies assurent la liaison.
Rejoindre le départ du GR20
Une fois à Bastia, plusieurs choix s’offrent à moi pour rallier Calenzana, le point de départ :
- Le bus : Un premier trajet de l’aéroport au centre de Bastia, suivi d’un second bus pour Calvi, puis un dernier jusqu’à Calenzana.
- Le train : Un itinéraire sympa, mais nécessitant ensuite un bus ou un taxi.
- La voiture : Si vous êtes venus en ferry, c’est l’option la plus simple.
J’opte pour le bus, un choix économique et efficace.
Le matériel pour le GR20 en mode ultra-léger
Avec un timing serré et un parcours exigeant, chaque gramme compte. Voici l’équipement que j’ai emporté :
- Chaussures de trail solides et récentes
- Sac de 12 litres
- Réserve d’eau de 1,5 L (avec des points d’eau réguliers sur le chemin)
- Veste imperméable type Gore-Tex
- Casquette et lunettes de soleil
- Frontale (utilisée environ 3h par jour)
- Une paire de chaussettes de rechange
- Crème anti-frottement
- Trousse de secours (Compeed, bandages, antiseptique, couverture de survie)
- Gels et barres énergétiques
- Trois sachets de nourriture lyophilisée
- De l’argent liquide pour les refuges et repas
Jour 1 : De Calenzana à l’Hôtel de Vergio
Départ à 3h du matin sous une belle nuit étoilée. Les premiers kilomètres sont exigeants, la montée vers le col de Bonifatu met directement dans le bain. Je profite d’un lever de soleil absolument grandiose sur les reliefs corses. Une sensation de liberté immense.
Le passage du Cirque de la Solitude, fermé à cause des éboulements, nous oblige à emprunter la variante par la Pointe des Éboulis. Une montée infernale, raide et interminable. Le vent se lève, glaçant, alors que la fatigue commence à peser. Mais une fois en haut, la vue sur les sommets environnants fait oublier la douleur.
À la bergerie de Ballone, petite pause stratégique : un sandwich au fromage corse et un Coca bien frais redonnent un coup de boost. Je repars d’un bon pas vers le refuge de Ciottulu di I Mori, où la descente commence à tirer sur les jambes. Après 14h de marche, 48 km et 5300 mètres de dénivelé positif, j’atteins enfin l’hôtel de Vergio. Une douche chaude et un bon repas sont un luxe absolu après une journée pareille.
Jour 2 : De l’Hôtel de Vergio au Col de Verde
Le réveil sonne à 2h du matin. Le corps proteste un peu après la journée d’hier, mais l’excitation prend rapidement le dessus. Après un café avalé en vitesse, je repars dans l’obscurité. La montée vers la Bocca Alle Porte est raide, mais à mesure que le jour se lève, le spectacle des lacs de Capitello et Melo en contrebas efface la fatigue. L’eau limpide, encadrée par les crêtes escarpées, est une pure merveille.
Les sentiers sont plus roulants sur cette portion, ce qui permet d’allonger la foulée. J’arrive à Vizzavona en début d’après-midi, l’endroit idéal pour une pause ravitaillement. Au programme : Coca, bananes et un plat de pâtes englouti en un temps record. L’énergie revient vite, et c’est reparti pour la seconde partie de la journée.
De Petra Piana à Honda, j’opte pour la variante des crêtes. Une alternative plus courte et nettement plus belle. Les panoramas s’enchaînent, avec des vues plongeantes sur les vallées environnantes. Malgré la beauté des paysages, la fatigue commence à peser et la montée au col de Vizzavona est une vraie épreuve. Le souffle est court, les jambes lourdes, mais je tiens bon.
La dernière descente vers le refuge de Capannelle est un supplice pour les genoux. Quand j’arrive au Col de Verde après 17h d’effort, 71 km et 4600 mètres de D+, il est déjà 19h30. Mauvaise surprise : le refuge ne sert plus de repas à cette heure-là. Heureusement, le gardien, bien que bourru, accepte de me préparer un sandwich improvisé. Ce n’est pas un festin, mais après une journée pareille, chaque bouchée est précieuse. Il me prête même un duvet, un petit luxe bienvenu avant une courte nuit de repos.
Jour 3 : Du Col de Verde à Conca
Départ à 3h du matin pour la dernière journée, la plus longue mais aussi la plus symbolique. Les premières heures se font dans la pénombre, rythmées par le bruit des bâtons frappant la roche et le souffle régulier de l’effort. Le sentier serpente entre les pins, offrant un réveil progressif aux muscles encore engourdis.
Au lever du jour, j’atteins le Monte Alcudina, point culminant du Sud du GR20. L’air est vif, le soleil commence à dorer les crêtes. Une pause rapide pour admirer la vue et je repars, sachant que la descente sera longue et éprouvante. Le terrain devient plus roulant, mais les jambes sont déjà bien entamées après deux jours d’effort intensif.
Arrivé au refuge d’Asinau, je prends un moment pour recharger les batteries avec un simple pain-fromage saucisson, un classique qui fait toujours son effet. Autour de moi, d’autres randonneurs en mode classique regardent avec étonnement le peu d’équipement que je transporte. « Tu fais le GR en combien de jours ? » demande l’un d’eux. « Trois. » Son regard oscille entre admiration et incompréhension.
La descente finale vers Conca semble interminable. Moins technique, mais chaque pas résonne dans les muscles fatigués. La chaleur monte et l’eau se fait plus rare sur cette portion. Heureusement, une source salvatrice me permet de remplir ma gourde avant d’attaquer la dernière ligne droite.
Après 18 heures d’effort, j’arrive enfin à Conca. L’émotion est intense. Je pousse les portes du gîte La Tonnelle où un accueil chaleureux m’attend. Une douche froide, un repas copieux et une bière fraîche viennent conclure cette aventure dantesque. Mission accomplie.
Où dormir pendant le GR20 en 3 jours ?
- Calenzana : Bel Horizon
- Col de Vergio : L’hôtel de Vergio
- Col de Verde : Refuge de Verde
- Conca : La Tonnelle
Bilan de la traversée du GR20 en 3 jours
Le GR20 en 3 jours, c’est un pari osé mais réalisable avec une bonne préparation. Chaque étape est un défi physique et mental, mais l’effort est largement récompensé par la beauté des paysages corses. La traversée demande une excellente condition physique, surtout sans assistance. Un entraînement type ultra-trail est recommandé pour profiter pleinement du parcours.
La météo reste un facteur clé : un temps clément facilite grandement l’aventure, tandis qu’une mauvaise météo peut rendre l’expérience bien plus difficile. Côté balisage, aucun souci : le sentier est parfaitement marqué, impossible de se perdre.
Cette aventure restera l’une des plus intenses et marquantes de mes voyages. Un mélange parfait entre dépassement de soi et immersion dans l’un des plus beaux terrains de jeu naturel d’Europe. Si l’appel du GR20 vous titille, foncez… mais préparez-vous bien !
